31.11.2017 : Université Kim Chaek

Capture d’écran 2017-12-05 à 14.15.09.png

FR / En 2014, j’entreprends un voyage d’un type particulier. Je décide de me rendre virtuellement dans le dernier pays au monde sans internautes : la Corée du Nord. Pendant presque un an, je navigue complusivement sur la toile. Je compile tous les documents que je trouve sur le Web à propos du pays. Et puis un jour, je m’installe dans l’hôtel Yanggakdo, un hôtel trois étoiles situé sur l’île Yanggak, en plein milieu de la capitale. A partir de ce moment, je reste dans ma chambre et observe Pyongyang des fenêtres de l’hôtel. L’expérience 11.31.2017 : Kim Chaek University commence sur le toit de l’hôtel Yanggakdo. Le visiteur contemple le paysage urbain qui l’entoure. Ensuite, il saute. Vole au dessus de la rive du fleuve Taedong et entre dans un bâtiment auquel peu de touristes s’intéressent : l’université de technologie Kim Chaek. Cette expérience immersive est un outil de travail. Je la pense comme une base de données sensorielle où j’entrepose une partie de mes recherches documentaires. Datas, paysage et sensation se complètent et créent une nouvelle façon d’appréhender une recherche et une pensée.

Le projet est en work in progress. Des versions updatées sont proposées à chaques expositions.

EN / In 2014, I undertook a special kind of trip. I decided to go virtually to the last country in the world without Internet users: North Korea. For almost a year, I surfed the web compulsively. I compiled all the documents I could find about the country. And then one day, I checked into Yanggakdo Hotel, a three-star hotel located on Yanggak Island, right in the middle of the capital. From that moment on I stayed in my room and watched Pyongyang from the window of the hotel. Experience 31.11.2017 : Kim Chaek University begins on the roof of Yanggakdo Hotel. The visitor contemplates the urban landscape that surrounds it. Then he jumps, flies over the river bank of the Taedong and enters a building in which few tourists are interested: the Kim Chaek University of Technology. This immersive experience is a working tool. I think of it as a sensory database where I store part of my documentary research. Data, landscape and sensation complement each other and create a new way of understanding a search and a thought.

 

The project is in work in progress. Updated versions are available for each exhibition.

FR / Dans les années 20, en Russie, un jeune psychologue, Alexandre Luria, rencontre Solomon Shereschevsky, un homme à la mémoire extraordinaire. Solomon Shereschevsky mémorise des listes de chiffres et de mots, même dans des langues étrangères, sans aucune difficulté. Pour cela, Luria raconte qu’il les transforme en images en les localisant dans une rue de sa ville natale ou, à Moscou, partant de la place Maïakovski...

Pendant mon voyage, j’ai effectué de nombreuses recherches documentaires, accumulé des centaines de documents, notamment sur l’université Kim Chaek. A la manière de Shereschevsky, de son rapport à la mémoire ancré dans l’image et dans l’espace, j’ai utilisé la réalité virtuelle pour regrouper une partie de mes données dans l’espace que j’ai tant de fois contemplé ces dernières années : Pyongyang vu de la pointe nord de l’île Yanggak. Cette interface est une première tentative de base de données sensorielle.

Le choix de l’université Kim Chaek reflète des préoccupations qui m’habitent depuis le début de mon voyage virtuel. La Corée du Nord a toujours agit sur moi comme un miroir, me poussant à m’interroger en contrepoint sur nos libertés dans le monde numérique, sur les enjeux politiques et sociaux de notre liberté de navigation, sur l’influence du numérique dans notre perception du monde, du temps, de l’espace...